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Anne Lauvergeon, la petite sherpa du nucléaire


LA VIE DES GRANDS FAUVES N°49



Charlie du 27 décembre 2000

Coucou ! C’est moi, Nanou, la sherpette à Tonton. Je préparais ses dossiers pour les sommets des pays industrialisés de 1991 à 1995. Il avait deux heures de lucidité quotidienne, dont une occupée à pincer les fesses. C’est dire si j’ai acquis le sens de l’esquive. L’autre sherpa était Attali, l’initié-boursier romancier penseur copiste banquier abonné au gaz. Je suis une fille beaucoup plus simple.

J’ai quarante et un ans. Papa était prof de fac, maman assistante sociale. J’ai fait Normale sup, puis l’agreg de physique, et l’École des mines. A vingt-trois ans, j’ai eu mon premier coup de foudre : Usinor, la sidérurgie. Puis j’ai craqué pour le CEA et le secrétariat adjoint de l’Élysée. Enfin débarrassée du Vieux, en 1995, je suis entrée chez Lazard, banquier d’affaires et préparateur en fusions-acquisitions. Après l’industrie et le casque sur la tête, la finance et le thé en échangeant des milliards. J’ai appris aussitôt les bonnes manières et baisé Michel David-Weill, gendre de mon patron, qui voulait le poste d’administrateur chez Pechiney, fraîchement privatisé. Franchement, je pouvais pas rester chez Lazard. Me voilà chez Alcatel, où je gère le dossier Framatome (le fabricant de chaudières nucléaires), j’obtiens un poste d’administrateur à la Cogema, et je croise DSK.

Nanou, me dit le beau brun, Voynet nous emmerde à cause de Syrota, le patron de la Cogema depuis 1988. J’ai jamais vu un type aussi borné. Son mandat se termine, on le placardise à la Commission de régulation de l’électricité, tu le remplaces, qu’est-ce que tu fais ce soir ? »

Aussitôt, j’ai dit : « Nous sommes des écologistes ! » Les gens m’ont crue, comme pour le nuage de Tchernobyl, quand j’avais raconté qu’il longeait la frontière. J’ai organisé une journée portes ouvertes. « Écologie et transparence » sont désormais nos mamelles, après quoi j’ai lancé le concept « Zéro impact sur la santé » à propos de la Hague. Nous avons créé de nouveaux indices de radioactivité, en accord avec EDF, notre principal client, et quelques Verts abrutis, puis installé des caméras qui permettent d’observer en permanence les stocks de déchets pendant 3 millions d’années. Les écolos sont contents, et on peut nucléariser en paix. Et puis c’est nucléaire ou effet de serre. De toute façon, vous l’avez dans le cul.

Voilà. J’ai 37 milliards d’économies laissées par Syrota, une capacité d’endettement intacte, ça va me permettre de me « diversifier », histoire d’avoir l’air moins nucléaire, et de démanteler quelques centrales. Mais j’hésite : ça fait joli dans le paysage. Et puis faut-il limiter la durée de vie d’un réacteur à trente ans ou l’étendre à soixante ? Si je fais durer les réacteurs dix ans de plus, on gagne 350 milliards... Allez... Chiche ! Tenez, une petite pastille de Mox [1], c’est bon pour la santé. Ah ! Je viens d’avoir une petite fille... Marie-Tchemobyl... C’est joli, non ?

O. B.

Mots clés : Anne Lauvergeon, Mitterrand, ENA, Ecole des Mines, Usinor, Alcatel, Cogema, nucléaire, Tchernobyl,


[1] Combustible à base d’uranium et de plutonium recyclé, vendu notamment aux Japonais


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