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Ernest-Antoine Seillière passe a l’Europe


LA VIE DES GRANDS FAUVES (SANS N°)



Charlie du 23 mars 2005

Oui, je viens de présenter ma candidature à la présidence de l’Union des confédérations de l’industrie et des employeurs d’Europe (UNICE), et donc me voilà confortablement élu puisque je suis le seul candidat. Rien ne m’interdit d’être le patron du Medef jusqu’en 2006. Mais je préfère céder la place. À qui ? Sarkozy (Guillaume), le frère de naboléon, Collomb (Bertrand), des ciments Lafarge, Parisot Laurence, ma petite copine de l’IFOP, l’institut de formatage de l’opinion ? En prononçant un discours musclé sur la « valeur travail » devant l’assemblée générale de l’organisation patronale, le 18 janvier, Laurence Parisot a pris date. C’est moi qui l’ai fait entrer au comité exécutif du Medef en janvier 2003. Laurence est une femme, rousse, rieuse, réac comme pas deux mais femme tout de même ! A choisir je préférerais Nicole Notat, plus poilue. Mais une femme ne peut diriger le patronat. Non, je ne vois pas qui pourrait me succéder. Kessler, l’idéologue borné, pour qui j’avais créé le poste de vice-président « conseiller » en 1999, et qui montre aujourd’hui sa nullité dans son entreprise de réassurance ? Certainement pas. Remarquez, si la réussite patronale était le seul critère... Il y a longtemps que j’aurais été viré ! Cap Gemini, le fleuron de mon holding, est la seule grosse boîte française à ne pas faire de profits cette année... Je vais demander à l’État de me renflouer. Ah, le bon temps où Raymond Barre injectait 50 milliards de francs dans la sidérurgie, me laissait récupérer 220 millions de cash et tout ce qui était rentable ! J’aime bien l’État quand il paye. Balladur m’a bien aidé, un temps... Balladur était dans les spahis, comme moi, ça crée des liens.

Mais mon meilleur souvenir, c’est Jospin, de la promotion Stendhal de l’ENA, avec Gomez, Chevènement, Toubon... Nous courûmes le jupon ensemble, au Quai d’Orsay (enfin, l’un courait la gueuse, l’autre la parfumée des Petits Lis Blancs, le bal que maman, née de Wendel, organisait dans notre bel hôtel particulier du quai de New York). A soixante-cinq ans, la cuillère toujours dans la bouche, une nouvelle carrière d’assisté-protestataire s’offre moi : vitupérer le fonctionnaire, le privilégié, le paresseux, réclamer des baisses de charges, les placer outre-Atlantique et pester contre la baisse de qualité du bordeaux. Avez-vous vu Mondovino ? Ah, triste époque, où le vin disparaît avant les buveurs ! À ta santé, prolétaire ! O. B.

mots clés : Ernest-Antoine Seillière, MEDEF, Wendel, ENA, UNICE, Europe.


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