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Dumas, cireur de pompes


LA VIE DES GRANDS FAUVES N°7


Charlie du 16 février 2000


La légende veut que François Mitterrand, interrogé sur la nomination de Roland Dumas, dont la réputation était déjà sulfureuse, à la tête du Conseil constitutionnel, la plus prestigieuse instance de la République, ait répondu " De Gaulle a bien nommé Roger Frey ".

Il eût pu ajouter que le président du Sénat avait désigné pour le même Conseil le " regretté " Etienne Dailly, sénateur bien connu pour ses liens avec le patronat, dont il défendait les intérêts avec une passion digne d’éloges, et, disent les mauvaises langues, non désintéressée... paix à son âme. Tout cela pour dire que l’éventuelle comparution de Roland Dumas devant un tribunal correctionnel ne constituerait à la vérité ni une surprise ni un scandale au regard de l’ensemble de son oeuvre. Dire cela n’est pas s’acharner sur une victime, mais tout simplement faire un constat.

Où l’affaire devient plus intéressante, c’est lorsqu’on examine les motifs qui vont sans doute l’y conduire, car, enfin rappelez-vous, l’affaire Elf, au début, concernait au premier chef un gigantesque contrat d’armement - les fameuses frégates - conclu avec Taiwan, qui avait généré une commission non moins gigantesque (plus de trois milliards de francs !) dont une partie aurait irrigué un grand nombre de responsables politiques. La question que l’on se posait alors était de savoir si Roland Dumas, qui était, au début, défavorable à la signature de ce contrat qui faisait de la peine à Pékin, avait changé d’avis contre une solide redevance financière. On laissait même entendre à l’époque que sa maîtresse, l’ineffable Christine Deviers-Joncour, avait été engagée par Elf pour le convaincre et, pourquoi pas, opérer comme son " homme de paille ", si l’on peut dire.

C’était une affaire d’Etat.

Eh bien, la montagne a accouché d’une souris, car le procureur général, dans le réquisitoire qui vise à expédier Dumas en correctionnelle, n’a pas retenu cette accusation. Il a même offert au beau Rolland un non lieu... qui ne figurait pas dans les extraits du réquisitoire publié par Le Monde. Plus faux-cul, tu meurs !

L’affaire des frégates est donc - provisoirement ? - enterrée, dissimulée derrière l’affaire Dumas. Un qui respire, c’est Alain Gomez, qui présidait le groupe Thomson au début des années 90, et qui à ce titre était le fournisseur numéro I de ce fameux contrat. Jusqu’à présent, il est passé à côté des gouttes, Dieu sait pourtant qu’il s’est mouillé. Jean-Luc Lagardère n’est pas mécontent non plus. Dame, il ne tint sûrement pas a voir ressurgir un dossier qui avait été évoqué au moment de la fusion entre Hachette et Matra, qui l’aurait sauvé de la faillite après le désastre de la CINR. Certains grincheux auraient estimé à l’époque que Matra avait été sous-évalué, du fait notamment de ce fameux contrat...

Le soulagement des industriels n’a d’égal, évidemment, que celui de ceux qui, d’une manière ou d’une autre, ont profité de cette sulfureuse livraison d’armement. Et au regard de la masse d’argent qui a circulé, ça doit faire du monde. Ceux-là ne peuvent que se réjouir de voir la justice passer... à côté !

O.B.

MOTS CLES : Roland Dumas, Alain Gomez, Jean-Luc Lagardère, Conseil constitutionnel, Elf, Thomson, Hachette, Matra, CINR


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