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Jean-Louis Beffa, le ringard du capitalisme


LA VIE DES GRANDS FAUVES N°83



Charlie du 5 septembre 2001

Oui, je suis un nostalgique, je l’avoue. Un vieux de la vieille. Un bon patron du temps où l’ouvrier aimaient leur usine et où la plus-value était convertie en machines que les ouvriers respectaient (ah ! " l’outil de travail !"). Une époque où le comptable était à sa place. Où les " commerciaux ", ces travailleurs improductifs, rasaient les murs. Tout pour la production ! Faut dire que j’ai fait Polytechnique. X-Mines ça laisse des traces. Presque autant que X-Ponts, demandez à Lipietz.

J’ai soixante balais, une carrure de rugbyman, un appétit d’ogre et un goût prononcé pour ls bons rouges (plutôt les bourgognes). Je fais d’ailleurs partie du Club des cent, le club préstigieux des gourmets chefs d’entreprise. J’adore l’opéra. Mon seul regret est de ne pas avoir été baryton. En 1974, je suis entré chez Saint-Gobain. En 1986, j’ai succédé à Roger Fauroux, autre Poly. Ah ! Saint-Gobain ! Colbert ! Le " colbertisme ", l’Etat ! Le verre français qui allait concurrencer le verre vénitien ! Toute l’histoire de l’industrie française dans ce nom, " Saint-Gobain "... Je fais parti de la fondation Saint-Simon parce que je suis saint-simonien. Ingénieur dans l’âme.

C’est pourquoi je ne supporte pas ces boursicoteurs, funambules de la finance, rentiers, spéculateurs et autres gougnafiers qui m’obligent, moi, patron de Saint-Gobain, à faire du 20 % net de rendement ! Salopards de prasites qui ne savent pas si on fabrique du verre, de la céramique ou du fromage fondu, et ne voient que les PER [1], RFP et autres marges opérationnelles ! Je fais du 13 % de rentabilité nette sur fonds propres, 29 milliards d’euros de chiffre d’affaire, 1,5 milliard d’euro de bénéf, et à Wall Street, dix petits salauds niveau Ecole de commerce de Limoges me font chuter mon action entre deux McDos bouffés à la sauvette ! Le monde à l’envers !

J’en parlais à Robert. Robert Boyer, l’économiste marxo-gaucho du Cepremap (Centre d’étude et de programmation des mathématiques appliquées à l’économie), mon vieux pote. Poly comme moi, comme Alain, du Cepremap aussi. On se disait : " Ouais, le lutte des classes, les hauts fourneaux, la fumée, la grève, le bon temps ! ". J’aime pas Seillière. La " refondation sociale ", ça me fait rigoler. Kessler est un marchand de vent qui s’essoufle déjà.

Moi, j’ai nationalisé Saint-Gobain, puis je l’ai privatisé. Le capital passe, l’ingénieur et l’ouvrier reste. Allez, salut ! Je vais me taper un Pommard en écoutant Rigoletto.

O.B.

Mots-clés : Jean-Louis Beffa, Club des Cent, fondation Saint-Simon, PER, RER, Polytechnique, X-Mines, Saint-Gobain


[1] Le PER, Price Earning Ratio, est le cours de l’action rapporté au bénéfice. La RER, rentabilité des fonds propres, mesure le rendement des fonds investis par l’actionnaire.


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